Histoires de Conducteurs

Parlez ici de l'actualité et discutez du chemin de fer.
31 janv. 2017
01:14
 
 
Heph
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Merci Laurent pour cette savoureuse anecdote. Etonnant en effet qu'on ait mis aussi longtemps à s'inquiéter du sort du train, mais pas impossible. Pour avoir connu les relations transfrontalières franco-suisses côté exploitation et traction, j'en ai vu de belles (train mal numéroté, oublié, double rame (900m)), TER envoyé au triage parce que le Suisse l'a fait passer en nous annonçant un fret...)...

Une autre petite anecdote qui n'a rien à voir mais qui mérite d'être contée, reflétant assez bien une journée "où on les accumule" avec une série que l'on regrettera, les CC 72000/72100 :

Départ de Belfort pour Paris bien à l'heure, mais avec un contrôleur pas au top de sa forme (très mauvaise nuit + bonne crève). Le 72151 "ronronne" gentiment jusqu'à Laferté sur Amance, où je rencontre un avertissement (feu jaune). J'émets donc un grognement non réglementaire et me prépare à observer le signal fermé annoncé qui sera certainement un sémaphore me dis-je, pensant que j'avais encore un "patache devant le nez". A bonne distance dudit signal, monsieur me joue les sapins de noël en me présentant tout ce qu'il pouvait présenter à une cadence variable. :-o Pas à tergiverser, une belle cascade de feu non stabilisée, c'est arrêt et on considère le signal éteint, donc indication la plus restrictive qui se trouvait être un sémaphore de BAL, donc marche à vue sur tout le canton suivant. J'avise Chalindrey qui me répond : "encore !?" -> moralité un signal au top de sa fiabilité.

Avec un léger retard de 10 min qui me donne juste la satisfaction de pouvoir "taper dedans", je franchis enfin le feu vert libérateur qui m'ouvre la voie... de la belle rampe qui mène à Chalindrey ! Feuilles mortes obligent, je savate lamentablement et atteins péniblement les 80 km/h pour une limite de 140, engrangeant 5 minutes de retard supplémentaires. Je profite du palier de Chalindrey pour reprendre une ou deux dizaines de km/h en plus, et attaque une seconde rampe quand la radio se met à chanter : le régulateur qui me demande pourquoi j'ai perdu du temps... "Quoi !? Tu n'es pas au courant de l'anomalie de signalisation ??? Demande à ton copain de Dijon !" Il se trouve que Chalindrey marque la frontière entre deux centres de régulation, et ces messieurs ne se parlent (comprenez ne s'aiment) pas beaucoup.

Tout roule jusqu'à Troyes où je suis "tôlé" (retenu par un carré) à quai. Le chef de service m'informe qu'un train croiseur a tapé quelque chose et que son conducteur est parti voir de quoi il retournait... Ça continue ! Mon contrôleur ne sait plus à quel saint se vouer, et encaisse les remarques d'une clientèle déjà bien échaudée par de nombreux soucis sur la ligne. De mon côté et bien... Casse-croûte ! Qui a duré environ 1h15. Le collègue d'en face n'ayant étonnamment rien trouvé, je récolte un bel ordre de marche prudente sur 3 km, bien sûr aux abords du choc ressenti.

L'ordre passé, sans rien de spécial à rapporter, taïaut ! Je fais chanter la vieille dame, en la ménageant tout de même. Peine perdue de toute façon, avec presque 1h30 "dans les dents" j'ai abandonné depuis longtemps l'espoir d'être à l'heure à Paris. Mais que voulez-vous, obligation m'est faite de "m'efforcer de rattraper le retard", et peut-être aussi d'avoir un peu d'orgueil professionnel.

Hormis ce retard, tout va pour le mieux jusqu'à Nogent-sur -Seine et j'attaque presque serein la rampe qui me mènera à Longueville. Le jeu consiste à débuter cette grimpette à 120 tout pile (vitesse de traversée de la gare) et passer Longueville à 150. Autant dire qu'il faut cravacher sec mais que nenni, je préfère ménager ma monture, d'autant qu'avec les conditions d'adhérence propres à l'automne, un coup de chausson est irrattrapable sans perdre une bonne partie de la vitesse acquise.

Au moment où j'aperçois les quais de Longueville, voilà que c'est la machine qui fait des siennes et m'affiche, comme le signal de Chalindrey, un beau "sapin de Noël", comprenez l'allumage de plusieurs lampes de défaut au pupitre, car le diesel vient de crever, et bien évidemment trop tard pour que je puisse négocier un arrêt à Longueville, ce qui aurait grandement simplifié les opérations en cas de demande de secours.

Prochain objectif, passer le viaduc, heureusement sans souci, et je m'arrête au pied du premier signal, car je n'espérais pas aller beaucoup plus loin, laissant tout de même un peu de place pour une machine de secours (toujours prévoir le pire), le tout dans un silence de mort. Là je jauge rapidement la situation, préviens l'agent circulation de Longueville et… Cherche la caméra ! Ce n'est pas possible c'est mon jour !!! Le contrôleur est bien évidemment aussi désabusé que moi et espère se réveiller.

Et c'est parti pour le guide de dépannage, et tout y passe : coffret de régulation, de survitesse, niveaux, coupe-circuits divers et varié, pression de fuel plus deux trois vérifications annexes. Je n'aurais pas la lanterne de bord qui serait tombé sur l'arrêt diesel cabine arrière des fois ? Je trouve le siège de l'aide conducteur par terre (classique) mais c'est peu probable. Le robinet de fuel extérieur est-il bien ouvert à fond ? Oui, j'ai même eu du mal à essayer de le fermer ! Moralité je ne trouve rien qui puisse expliquer le problème, et c'est bien le pire, j'aurais préféré trouver une panne bien franche qui m'aurait éventuellement permis de repartir serein !

Le guide de dépannage m'autorisant à tenter une relance du moteur, j'essaie et… le moteur repart comme en quarante, le relais de traction se referme et l'essai de traction est concluant. Soit, panne fugitive comme on dit, en attendant la suivante ! Bon, à chaque minute suffit sa peine, on repart et on verra bien. Le régulateur me demande de faire au mieux mais je lui réponds que, compte tenu du coup tordu que mon carrosse venait de me faire, je n'allais pas lui donner l'occasion de recommencer. Donc je me cale à une intensité confortable pour la machine, suffisante à assurer le chauffage (le légendaire cran de chauffage pour les puristes, et la seule loupiotte qu'on aimerait voir allumée en permanence) et vogue la galère. Je ne me sentais pas comme Jésus gravissant le Golgotha, mais pas loin !

Nouveau coup de fil du régulateur qui me demande de perdre cinq minutes de manière à ne pas faire du pousse-au-c… à un banlieue. Pas de problème, ça je sais faire, et je ne suis plus à ça près !

Contre toute attente j'arrive sans encombre au heurtoir de Paris Est, que je n'ai jamais été aussi heureux de voir, avec deux heures de retard bien tassées. A quelque chose malheur est bon, ce retard ne me permettant plus d'assurer ma suite (repos trop court avant retour), je rentre chez moi avec huit heures d'avance !

Retour d'atelier sur l'arrêt moteur : ils ont trouvé un faux contact pas très franc sur le circuit de sécurité du diesel…

;-)

Yannick

31 janv. 2017
04:00
 
 
Avatar de l’utilisateur Vinces
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

J'adore la maniere dont c'est conté ..... :D
ex Conducteur TGV - jeune retraité

31 janv. 2017
07:28
 
 
Avatar de l’utilisateur KLM
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Merci, intéressant et bien écrit
Patrick
http://www.pixyrail.com

Un ami, c'est quelqu'un qui vous connait bien et qui vous aime quand même.

31 janv. 2017
15:51
 
 
Avatar de l’utilisateur yves de paris
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Sacrée histoire
C'est la loi de Murphy (l'emmerdement maximum) dans toute sa splendeur !
Visitez ce site : http://www.parimagine.fr

31 janv. 2017
23:32
 
 
Heph
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Merci ! J'avais peur que ce soit trop long mais soyons fous ! ;-)

Dans ce métier, Murphy est souvent de la partie, et prendre les choses avec humour est mon arme favorite pour réagir sainement.

Yannick

01 fvr. 2017
12:01
 
 
jean marc X4500
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

[quote="Heph"]Merci ! J'avais peur que ce soit trop long mais soyons fous ! ;-)

Dans ce métier, Murphy est souvent de la partie, et prendre les choses avec humour est mon arme favorite pour réagir sainement.

Le récit est passionnant avec un humoristique suspence!

01 mars 2017
20:47
 
 
BB 8620
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Excellent ! Une histoire très bien racontée :)

04 mars 2017
23:50
 
 
Heph
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Salut à tous,

Bon et bien puisque ça plaît, je vais en remettre une couche !

Il y a quelques années, alors que j'officiais aux "patachons" (trains de marchandises), je suis commandé sur le "RHODIA" qui comme son petit nom l'indique transporte des matières qui n'ont rien de très catholique et dont la seule désignation ravirait Bernard Pivot. Je le conduirai de Mulhouse à Dijon Perrigny avec un petit arrêt manoeuvre/café à Dole au manche d'une brave 27000 qui, si elle n'est pas un modèle de conduite passionnante, n'en remplit pas moins parfaitement son office. Petit train "pèpère" qui plus est à des heures correctes (13h-21h).

La première partie du trajet se passe sans encombre, du moins autant que faire se peut avec un train de citerne bien lourd et une adhérence "perfectible". Le maître-mot avec ces trains-là est la souplesse de conduite, car le déplacement du liquide dans les citernes (balan) peut aisément conduire à casser un ou plusieurs attelages si l'on ne prend pas la peine de négocier avec lui.

Passé Montbéliard, j'attaque la difficile vallée du Doubs, difficile surtout parce que limitée à 80 pour cette catégorie de train et que c'est soporifique au possible ! Peu avant le sectionnement de Pompierre, je m'aperçois que la pression d'air des réservoirs principaux est anormalement basse. Petit sondage qui élimine les freins comme cause possible (car les réservoirs principaux alimentent toutes les servitudes, y compris les freins), tentative de forcement du compresseur mais pas de doute, il ne tourne pas. Autant dire tout de suite qu'une machine qui n'a plus de compresseur est une machine vouée à la demande de secours, et vu l'étanchéité toute relative des trains de fret, je ne vais pas pouvoir continuer très longtemps. Arrive le sectionnement, et après la refermeture du disjoncteur, le compresseur se remet à chanter ! :lol: Et là me revient en mémoire un problème de jeunesse qu'ont connu les 27000 : après un sectionnement, perte de la traction ou du compresseur, rouvrir et refermer le disjoncteur. Leur prime jeunesse est déjà bien passée, mais étant d'un naturel optimiste je me félicite d'être tombé sur la seule de la série à faire plus jeune que les autres. Garé à Clerval pour laisser passer un vorace (qui a l'infime honneur, lui, de rouler à 90), un rapide dépannage ne m'apporte rien de plus et je repars donc le coeur léger en sachant quoi faire si la coquine me refait la même blague.

Arrivé sans encombre aucune à Dole, je finis la manœuvre qui consiste à sortir les wagons "Tavaux" et prendre des "Fos". Je m'apprête à faire la pause quand le collègue de la manoeuvre me dit : "reste sur ta machine, le régul' te prend en avance !". Hosanna !!! J'avais plus de chances de voir de la neige au mois d'août que de repartir en avance avec ce train.

Passé Auxonne (donc avec bien 1h30 d'avance), de nouveau la pression d'air dans les choux... Toujours pas les freins... Bah un petit coup de disjoncteur et... Toujours pareil... "Nan mais tu déc... ???". Redisjoncteur, idem... Cette fois ça sent le sapin ! Bon où suis-je, trop loin du prochain évitement, et très près du raccordement LGV (à ne pas bloquer si possible). Je m'arrête donc au carré de protection dudit raccordement, préviens le régul, et ouvre pour la deuxième fois de la journée ce fichu guide de dépannage, sans plus de trouvaille. Appel au PAC (pôle d'appui conduite, une espèce de hotline en dépannage) qui me préconise... D'ouvrir et refermer le disjoncteur ! Soyons fous... Toujours pareil. J'apprends au passage que ce tour de main n'était valable que sous 25000 V, que j'ai quitté après Dole. Viens le moment tant attendu du légendaire reset, qui consiste à tout couper y compris la batterie et tout remettre en fonction, autant dire que c'est souvent salvateur avec le matériel moderne, mais pas là... Demande de secours ! Que je transmets au régul : "t'inquiète pas, tu es arrêté comme il faut, tu ne gênes personne". Je comprends que je risque de passer la nuit dans ce lieu oublié de dieu et des hommes.

Que nenni ! Un collègue conducteur de manoeuvre de Dole accepte de prolonger sa journée pour venir me tirer de ce guêpier avec son UM de BB 60000. Ca sera une jolie pousse à 30 km/h maximum sur 30 km, mais à défaut de mieux... Las, un des deux 60000 refuse derechef de démarrer, et comme je suis trop lourd, secours impossible ! Sauf si... L'illumination ! Je propose de me faire secourir par l'avant avec un 60000 et de faire une double traction, le 60000 me servant tout bêtement de compresseur. Là l'agent circulation en charge du secours est réticent car ça lui ferait appliquer une procédure de contre-voie plus complexe, mais je le convaincs vite à l'aide de la menace à peine déguisée d'un train de 2000 tonnes de marchandises dangereuses calé sans conducteur et sur voie principale.

Mon sauveur et son glouglou arrivent et se raccordent. Le collègue n'est pas très rassuré concernant la double traction, ne l'ayant jamais expérimentée, mais se détend tout de même en apprenant qu'il a affaire à un formateur 27000/60000 ayant sur sa carte la mention "chat noir". Et puis, lui dis-je, je suis "le plus gradé" donc responsable à 100 % du secours : "tu n'as à gérer que le frein à l'arrivée, le reste je m'en occupe !". La mise en double traction faite, non sans mal car bien évidemment la fonction idoine sur la 27000 n'a pas pris du premier coup, et le frein testé, nous partons. Je vous épargnerai les problèmes de configuration des radios et la bataille réglementaire avec le nouveau régul' qui ne comprenait pas pourquoi nous étions toujours une circulation électrique alors que j'avais été secouru par un diesel...

Autant dire que la formidable puissance du 60000 (1000 cv) n'a été pour rien dans la formidable chevauchée qui nous a amenés à Perrigny. D'ailleurs le collègue m'a dit n'avoir jamais grimpé la rampe du raccordement aussi vite !

Je me couchais ce soir là avec 3 bonnes heures de retard mais héritait au retour d'une bonne vieille 26000 que je touchais alors trop rarement.

Yannick ;-)

06 mars 2017
13:19
 
 
Avatar de l’utilisateur Vinces
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Ces situations ne sont pas difficile a appréhender, le tout étant surtout de bien choisir son point d'arrt, mais, aujourd'hui, avec les applications du memento qui sont "chronophage" c'est l'assurance d'y passer beaucoup de temps.

Au niveau technique, avec les 27000, 26000 et autres engins modernes nous sommes loin des solutions simples qui existaient sur des machines plus anciennes où on pouvait fermer le disjoncteur avec une corde (BB9200) ou réarmer un relais avec le manche d'un drapeau (BB300) ou encore sur les 25500 caler un contacteur avec une cale en caoutchouc (mesure qui a peut-etre disparue lorsque ces machines ont été munie d'un automate)
ex Conducteur TGV - jeune retraité

06 mars 2017
14:10
 
 
Avatar de l’utilisateur Vinces
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Tout le monde connais en ce moment le manque de conducteur a la SNCF, état qui perdure encore aujourd'hui. Je ne saurais en donner la raison mais je pense que les horaires, les découchers, le travail des WE, en gros tout ce qui pour moi faisait l’attrait de ce travail sont des repoussoirs. Il est vrai que tant que l'on n'a pas vécu ces horaires on peut en être effrayer mais lorsqu'on les vie, on découvre alors toute la liberté et l'indépendance qu'ils apportent.

Donc il y a environ deux ans la SNCF m'a contacté pour me demander si j'accepterai un CDD pour revenir conduire les trains, la réflexion n'a durée qu'une minute, on me rendait mes jouets :D enfin pas tout a fait car ce n'etait pas pour refaire du TGV (quel dommage - je crois que certains depuis sont revenu au TGV) mais pour faire du TER, l'avantage est que je pouvais choisir mon dépôt - Chouette, aujourd'hui je mange a la carte.

Mais il est évident que l'on ne remonte pas comme ça sur un engin, donc remise a niveau sur simulateur durant 15 jours et c'est de l'intensif, avec surtout l'application de procédures rares et bien évidement les modifications réglementaires qui étaient apparues depuis mon départ. Nous étions 4 à etre remis a niveau. Si au premier abord le simulateur ne nous emballait pas plus que ça, mais nous avons pu voir que c'etait un outil exceptionnel pour travailler les procédures. La bonne nouvelle c'est que c'est un peu comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Bon dans mon cas je dois dire que j'avais un peu triché, j'avais été contacté en été pour une reprise de formation en automne, donc durant ces quelques mois j'ai remis le nez dans le référenciel que j'avais gardé a raison de 2h par jour et ce, tous les jours.

Chez moi, durant les 10 premiers jours, j'ai bien cru que je n'y arriverais pas, tant j'avais du mal a réagir vite aux situations que je me donnais a traiter, les solutions ne venaient pas assez vite puis les réflexes reviennent. Lorsque je suis arrivé en reprise de formation j'avais retrouvé quasiment tout les réflexes des discutions réglementaires.

Durant le travail sur simulateur, j'ai trouvé le niveau du groupe plutot bon, on "pinaillaient" sur des détails, ça c'est bon, lorsqu'on en arrive là c'est que la base est maitrisée; d'ailleurs le CTT en charge de la remise a niveau s'attendait a quelques chose de bien plus laborieux. Nous étions quasiment les premiers a etre remis a niveau et aucunes procedures n'existaient.

A la fin de la remise a niveau nous avons eu droit a un Questionnaire a choix multiple de 50 questions et bien sur un nombre d'erreur a ne pas dépasser (il fallait 45 bonnes réponses sur les 50 et bien sur pas de faute de sécurité - donc un niveau tout de même assez haut). Tout le groupe a réusi le test.

Puis nous avons suivi une formation sur AGC toutes versions (bi-courant, bi-mode, thermique pur), un engin intéressant l'AGC que j'ai eu plaisir a conduire.

Reste a évoquer le côté, relationnel. Là c'est une autre paire de manche. Chacun est parti ensuite vers le dépot que nous avions choisi, pour certains ça s'est tres bien passé pour d'autre moins. Je suis tombé dans un établissement syndicalement tres dur, mais où le manque de conducteur n'etaitent pas négligeable puisque certains trains peu fréquentés avaient été transférer sur route, par car, avec comme corolaire une gestion du personnel assez tendue, des difficultés pour les collègues a obtenir leurs absences. Un renfort aurait donc du etre bien accueilli mais ce ne fut pas le cas. Au nom de dogmes syndicaux le retour de retraités etaient tres mal vu, il semblait que pour certains, notre présence remette en cause la retraite même. Je m'attendais a un accueil froid, celui-ci fut franchement hostile au point de devoir louer un garage en ville pour éviter toutes dégradation de mon véhicule au dépot (dégradations qui avait déja commencé les deux premieres semaines). De la part des collègue c'est une chose mais la direction locale etait sur le même ton, certes pour d'autres raisons, je pense qu'ils craignaient le risque que la présence pouvait avoir sur l'ambiance du dépot.

Les deux premiers mois furent professionnellement trés intéressants puis après toute une carrière a faire principalement des longues distances, faire des aller/retour en omnibus sur 200 km de lignes ça perds assez vite de son charme.

Donc en conclusion j'ai été tres heureux d'y retourner, de passer ces tests avec succès et très content de repartir; le travail que l'on a confier et surtout l'ambiance ont fait que je suis reparti sans regrets, lorsque je suis descendu de mon dernier TGV, j'avais une boule au ventre, j'avais pris soin de déguster les dernieres semaines avec délectation, rien de cela ici. Il est certains que je n'ai pas choisi le bon dépot, d'autres ont été bien mieux accueillis, là où ils sont aller.
ex Conducteur TGV - jeune retraité

06 mars 2017
16:46
 
 
Heph
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Durant le peu de temps où je me destinais, comme on dit, aux "fonctions supérieures", j'ai eu l'occasion de faire un peu de recrutement. Mon travail consistait à prendre en charge les candidats à leur arrivée, à leur passer un film métier puis à répondre aux questions. Rien qu'à la fin de cette entrée en matière, j'en avais écrémé la moitié, et uniquement des départs volontaires, puisque je n'avais pas le "pouvoir" de les éliminer. Non, un train ne se conduit pas tout seul, non, vous ne pourrez pas avoir tous vos samedis soirs et encore moins vos congés, non, la commande ne vous arrangera pas forcément si vous avez un rendez-vous... Parmi ceux qui restaient, certains me prenait ouvertement pour un affabulateur ("vous nous faites peur pour mesurer notre motivation", ai-je entendu) ! Et quand j'abordais la visite médicale, et notamment ses tests de dépistage, d'autres encore quittaient la salle.

J'ai connu quelques retraités qui ont repris le sac, ça a toujours été un sujet épineux mais ils n'ont essuyé au plus que quelques quolibets. Par exemple un s'est fait applaudir lors d'un passage dans son ex-dépôt d'attache.

06 mars 2017
19:59
 
 
Benji64 49
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

D'après ce que j'en vois, le métier de conducteur de trains n'est pas si facile que cela en a l'air.

06 mars 2017
22:22
 
 
Florent
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Heph a écrit:Durant le peu de temps où je me destinais, comme on dit, aux "fonctions supérieures", j'ai eu l'occasion de faire un peu de recrutement. Mon travail consistait à prendre en charge les candidats à leur arrivée, à leur passer un film métier puis à répondre aux questions. Rien qu'à la fin de cette entrée en matière, j'en avais écrémé la moitié, et uniquement des départs volontaires, puisque je n'avais pas le "pouvoir" de les éliminer. Non, un train ne se conduit pas tout seul, non, vous ne pourrez pas avoir tous vos samedis soirs et encore moins vos congés, non, la commande ne vous arrangera pas forcément si vous avez un rendez-vous... Parmi ceux qui restaient, certains me prenait ouvertement pour un affabulateur ("vous nous faites peur pour mesurer notre motivation", ai-je entendu) ! Et quand j'abordais la visite médicale, et notamment ses tests de dépistage, d'autres encore quittaient la salle.

J'ai connu quelques retraités qui ont repris le sac, ça a toujours été un sujet épineux mais ils n'ont essuyé au plus que quelques quolibets. Par exemple un s'est fait applaudir lors d'un passage dans son ex-dépôt d'attache.


Hello

J'ai discuté avec un ADC lors d'une journée des métiers dans le collège de mon épouse, et il m'a dit qu'actuellement le taux de réussite au recrutement de conducteurs est à peine supérieur à 1%... Et visiblement quelques mauvaises habitudes des jeunes générations (alcool, fumette) n'y sont pas pour rien : ce que tu indiques semble le confirmer. Mais aussi, visiblement, le niveau culturel et technique général, quand bien même la motivation est là...

Avec un tel taux d'embauche, il est clair que trouver des candidats pour arriver à au moins maintenir le nombre d'ADC, voire l'augmenter, tient de la mission presqu'impossible...

Mais on s'éloigne de l'objet initial de ce post, dont je prends un extrême plaisir à lire les différentes anecdotes : messieurs, continuez à nous ravir ! 8-)

Salut !
"Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays"
J.F. Kennedy

07 mars 2017
01:01
 
 
Heph
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

Florent a écrit:J'ai discuté avec un ADC lors d'une journée des métiers dans le collège de mon épouse, et il m'a dit qu'actuellement le taux de réussite au recrutement de conducteurs est à peine supérieur à 1%... Et visiblement quelques mauvaises habitudes des jeunes générations (alcool, fumette) n'y sont pas pour rien : ce que tu indiques semble le confirmer. Mais aussi, visiblement, le niveau culturel et technique général, quand bien même la motivation est là...


Oui il y a de ça aussi. Le niveau scolaire général a grandement baissé ces dernières années, pour des raisons archi-connues qui dépasse le cadre de ce forum. D'ailleurs, je reviens au sujet initial avec une anecdote toute récente mais qui traduit bien le fossé qui existe et a toujours existé entre les gestionnaires et le terrain, et la défiance qui en découle.

J'arrive à Lyon Part Dieu avec une UM2 d'AGC plutôt hétéroclite puisqu'elle réunit un B81500 Rhône-Alpin et un Z27500 Bourguignon. Le premier étant, pour rappel, bimode mais monocourant continu et le deuxième simplement bicourant. Ma journée prévoit de couper le ZGC pour repartir dans ma contrée monophasée.

Seulement, à l'arrivée, l'agent de quai me demande de repartir avec le BGC, ce qui est contraire à l'habitude et passablement absurde, m'obligeant à changer de mode avant de passer en 25000 V puisque le bestiau ne répondrait à ce courant que par un gros BOUM, les félicitations du jury pour le mécano et une facture légèrement salée.

Donc, j'explique le problème le plus gentiment du monde (si, si) au collègue qui me rétorque que c'est un ordre du gestionnaire unique TER ou "GUTER", en me mettant sous le nez le document qui porte bien mon numéro de train en face du numéro du BGC... Soit ! J'effectue la coupe de l'UM sans me presser car attendant le contre-ordre (l'expérience...). Je mets le nez à la fenêtre pour informer le collègue du quai de la réussite de l'opération (les AGC sont lunatiques pour ça) quand un autre conducteur vient s'enquérir de son train pour Roanne. Là l'agent de quai lui désigne sans sourciller le ZGC, alors que la ligne de Roanne n'est pas électrifiée ! Une bonne poilade s'en est suivie devant l'agent de quai incrédule qui ne voyait toujours pas le problème.

Bien évidemment quelques coups de fils plus tard la situation est rentrée dans l'ordre, mais je connais plusieurs collègues qui auraient embarqué le BGC sans broncher (z'ont qu'à faire gaffe aussi !!). ;-)

Yannick

07 mars 2017
16:34
 
 
Avatar de l’utilisateur tram21
Membre

Re: Histoires de Conducteurs

il fut une époque lointaine où les conducteurs descendus de machine (maladie ou autre) avaient accès aux PC (Postes de Commandes, remplacés depuis par les COGC, CCR, GUTER et j'en oublie) et leurs connaissances ont permis d'éviter bien des boulettes...

dans le courant des années 80/90, l'accès aux PC pour les conducteurs fut barré, et la gestion devint de plus en plus du grand n'importe quoi...

la régulation et les postes de commandes virent arriver des jeunes Attachés, futurs Grands Cadres, sans aucune expérience du ferroviaire, qui géraient le trafic n'importe comment, sauf quelques un(e)s, doués d'un minimum de réflexion ferroviaire...

envoyer une BB 7200 vers Is sur Tille ou Chalindrey (depuis Dijon) ne posait aucun problème à ces "gestionnaires" !

pas plus que d'affecter une BB 7200 PV 100 sur un train Corail V 160 !

:roll: :roll: :roll: :roll:
la logique et le chemin de fer sont deux choses bien distinctes qu'il ne faut pas mélanger

ImageImage

PrécédenteSuivante

Retourner vers Actus et Discussions

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités